Cher printemps

C’est le parfum, d’abord, qui m’éblouit. Il y a dans l’air le vert des feuillages, le blanc de la lumière, le jaune de la fin du jour et le rouge des roses éclatées sur les briques des maisons. Le printemps bat son plein, les arbres vibrent au chant de l’alouette et des buissons s’élève le bourdonnement des abeilles. Voilà bientôt l’été.

C’est juste avant le crépuscule, c’est un morceau de jour enclavé entre la lueur et le noir, c’est un instant privilégié : l’heure du plus beau vacarme, de la fanfare fantaisiste des oiseaux, de la brise, des canards planqués dans les roseaux, de la vaisselle qui tinte derrière les fenêtres entr’ouvertes, des pas des promeneurs solitaires qui caressent en alternance le bitume et les chemins de terre. Tap tap. Criss criss.

Contre ma poitrine, bercé par la marche, mon tout petit s’endort. Sous mes pieds, les herbes folles crèvent le trottoir, la nature s’invite dans les creux des dalles renversées, victoire du vert sur le gris, défaite de l’asphalte face aux sursauts de vie. Plantée pieds nus dans mes chaussures de toile, j’allonge la boucle, progresse à l’intuition. Une poignée de kilomètres pour habiter mon corps, pour m’imprégner du calme rassurant de la ville au repos, pour me nourrir à travers sens, comme une urgence, de la fréquence de ce moment fait d’or.

Caroline1 Comment